Minuit et demie, je fuis Paris Carnet comme un voleur: peur de louper le dernier métro. Soyons honnête, j’aurais sans doute pu rentrer à pied… mais la flemme.
L’heure aidant je deviens dangereusement moins multitâche, à peine les fesses posées sur un strapontin, je me mets à penser à ce que je veux poster ce soir, puisque je veux; poster. Et de regarder rêveusement défiler les stations, c’est con, surtout qu’il en faut bien trois quatre avant de réaliser qu’on a laissé la bonne.
Vers Saint-quelquechose pour engager le demi-tour. Station vide, c’est pas une ligne à noctambule, rame vide, ça sent la fin du monde. Me dépose à Odéon. C’était bien le dernier métro: chanceux. La station appartient aux souris qui bectent les vieux chewing-gums et aux gars des voies qui le cul sur une mallette à outils mangent une barre chocolaté ou font vibrer entre leurs dents des baguettes métalliques évoquant un vibraphone à une seule note. Lyrique, isn’t it?
Passe le Procop qui se fait balayer sur fond d’une musique techno qui cadre à peine avec le tablier des serveuses. Les terrasse rigolent juste assez pour apprécier de dormir sur cours (dormir?). Quelques digicodes et volée de marche plus loin, face au coquillage, tic-tac d’horloge, l’appart’ m’appartient… et à la souris (souris? sûr, j’ai vu un mouvement poilu s’engouffrer dans la cheminée… remet encore en question l’idée de dormir). Et ce post?
Ben donc, un Paris Carnet. Si ça, ça ne mérite pas une note: où va le monde? J’ai encore vu pleins de gens bien, voir mieux (gardons les superlatifs en réserve, on est jamais trop prudent), c’est pour dire.
Ce qui m’amuse lorsqu’on fait connaissance avec des gens nouveaux (d’où l’intérêt de faire connaissance…), c’est les questions que l’on peut vous poser et pour lesquelles on a pas de réponse toute faite. Parce que c’est la première fois qu’on vous les pose, que vous vous les posez.
En général, j’en tire quelques indices sur mon comment-je-suis-dedans.
Genre -remarque de Laurent- sur le coté très campagne militaire de mon CO… Après réflexion: c’est bien le seul moyen que j’avais / j’ai à dispo pour faire face à quelque chose qui me semblait aussi émotionnellement violent que cette expérience. Bien qu’un peu brouillon dans mon cerveau le matin, j’ai un petit avantage (?), c’est d’être capable d’élaborer mes stratégies et surtout de m’y tenir. Pour le boulot, pour les RP, etc. En général, c’est efficace. Et dans ce cas précis, c’est ce dont j’avais besoin: de l’efficacité. Pas le courage que ça parte en cahuète. Et surtout une fois lancé, c’est un comme quand on est au bord du grand plongeoir à la piscine, faut plus penser/avoir à penser…
Autre truc amusant, je me suis demandé pourquoi ça me faisait encore bizarre d’avoir l’impression de plaire (
maiheu, je parle même pas forcément de ce soir: ça s’applique même aux félicitations/compliments en tous genres). Je parle pas de gêne, suis quand même pas jeté à ce point, mais bizarre, hmmm. Après réflexion: ça doit être comme les minauds qui disent bèèèh quand ils voient deux grands se bécoter, ils savent pas ce qu’ils manquent (enfin, ça viendra). Conclusion: décidément j’ai pas du fréquenter les bons endroits. Mériterais d’être mieux habituer, à travailler, sinon risque de passer pour un faux-modeste ou cul-pincé.
Enfin, va falloir lancer le petit dernier en ligne. Quoique: si la fratrie entière envahit la sphère, c’est la fin de haricots. Pour ceux qui lorgnent, oui le dernier est majeur, oui il sculpte un corps de rêve en ayant plus d’activité physique en deux soirs que moi en… (n’entrons pas sur ce terrain), mais oui aussi il semble le mieux engager pour éviter l’extinction complète mais néanmoins inintéressante du patronyme d’occasion dont nous sommes affublés. A bon entendeur (deuse)…
Me suis fait désiré au carnet, suis parti tôt, suis de retour au camp de base, il s’agirait pas de pas faire les valises maintenant. Avant le chant du Taximan Parisien, je dois me traîner au pied du TGV, rejoindre ma belle province, celle où les sardines chantent dans la pinède par soir de grand Mistral: ça vaut le détour.
Dans les vapes à moitié, reste le temps de saluer en vrac et pour cette bonne soirée: les corses et les modains, leurs amants qui n’en sont pas, les logeuses et les marins, les otakus et les polyglottes, tout le beau monde de la capitale, moi et Dieu (ou l’inverse), enfin tout ça.
Ca ce sent que c’est l’heure du dodo?
This is Triton Corsaire, out.