Aurais-je oublié quelque chose?

Quelqu’un?

Plus de mal que je ne l’aurai pensé à me réadapter à cette nouvelle vie qui n’est autre que l’ancienne, que j’avais fini par trop oublier. C’est ça mon problème en général: j’oublie les trucs moches, je garde que les bons souvenirs.
Parfois y’a bien un truc particulièrement moche qui remonte mais je sors une pelle, l’assomme sauvagement, et retourne l’enterrer au fond de mon hippocampe… Je pense que tout le monde fait ça: c’est une méthode pratique pour vivre dans un monde globalement merdique sans être chiant tout le temps; parce qu’on a tous un passif à gérer mais qu’on nous a appris à bien se tenir à table.

Comme l’homme est une machine bien faite, qui grandit de son expérience, ma technique consiste juste à me laisser des post-it virtuels à usage de dans-longtemps.

Par exemple: je me répète assez régulièrement: “l’uniforme, faut pas”.
Parce que si je n’y prends pas garde, j’oublie romantisme et pacifisme et avant que l’on aie pu me retenir, je me jette dans les bras du premier sergent-recruteur venu. J’ai l’embrigadage facile. Mais j’ai bien noté: “l’uniforme, faut pas”.
A chaque inclination douteuse, ça m’éveille le doute que j’ai niais, sinon. Le temps qu’il s’ébroue, je touille un peu pour que remonte les souvenirs moribonds: de réveils au clairon enregistré. Les ordres et les contre-ordres débiles. Les jours, les nuits, sans sommeils. Et les soirs d’été où seule la perspective d’une fin proche me retenait de déserter. Les soirs où bras dessus, bras dessous, mes camarades et moi nous représentions à la base après un week-end de perm’.
“L’uniforme, faut pas”, l’expérience fut courte, mais le post-it est toujours là pour me rappeler de ne pas la renouveler.

Mars et l’Akadémie: il y a trois ans, dans mon soulagement, j’avais oublié de me faire un post-it. Pourtant le poids dont je me libérais aurait du me faire tiquer. Je suis parti le coeur léger sans penser au lendemain. Lendemain qui me verrait poser à nouveau mes valoches sur le quai de la gare San Carlos. Lourde de trois ans de vagabondages. De liberté.

Enfin, enfin, tout ça pour dire que le retour est plus dur que ce à quoi je m’attendais.

J’aurai pu vous en entretenir, de ça, du reste, et de tout ce qui se passe dans ma vie d’aujourd’hui. Car il s’en passe des choses, des expériences. Mais voilà, j’ai décidé d’arrêter.

Ca nous pendait au nez cette affaire. Depuis le temps que j’en parlais, que les posts s’espaçaient comme les métros à la fin d’une longue journée.
Ce blog, vous et moi, c’est un tome, ma foi sympathique, d’une longue histoire. Des hauts et des bas, une unité de lieus multiples, une unité d’action et de réaction et une fin où ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants invalidés par la proposition 8. Revenir à la situation initiale appelait le mot fin, c’est sûr, au risque sinon de blaser mon lectorat fidèle.

Certains, chanceux de me connaître dans un autre monde que celui des bits, savaient de quoi il retournait. Ils n’attendait plus qu’apparaisse à l’horizon la voile connue, la page nouvelle. Ils savaient que ce silence serait le bon ou presque, un jour, par surprise, la vague rejetterait l’archive.
Je devais quand même aux autres, fidèles d’entre les fidèles, anonymes et gratuits: une petite explication, au jour de l’au-revoir.

En plus de changer de vie, de lieu, de motivation, je savais depuis longtemps que dans la forme, ce lieu ne me satisfaisait plus. Connus de tous, connus de trop, il perdait aussi de sa liberté, de la mienne. J’ai longtemps pensé à un ravalement de façade, mais je suis flemmard. Et je pense à d’autres choses et d’autres formes, vraiment.

Je n’attendais que d’avoir le temps de drainer son contenu dans un disque à moi, petit souvenir de tant d’échanges, je n’attendais que ça, pour vous le dire en face et puis, sous peu: fermer.

Je continue à vous lire. Je recommencerai peut-être à écrire. Si vous me laissez un commentaire dans ce sens, avec votre petite adresse dans le champ qui va bien, celui que seul moi peu consulter, alors quand me prendra l’envie de revenir divaguer sur les ondes: je vous prendrai à mon bord. Et enfin, rassurez-vous, si le retour fût difficile, à ce jour: je suis content et je décide à nouveau de me construire une belle année. Et puis, ma petite entreprise ne connais pas la crise.

Ciao, et Bon Vent!

7 Responses to “Aurais-je oublié quelque chose?”

  1. Matoo Says:

    Tes lecteurs fidèles sont là mon petit chou des mers. ;-)

  2. marc Says:

    Merci beaucoup de ce joli mot d’au revoir. On a beaucoup zyeuté et c’est bien de te voir fermer gentiment la porte.

  3. Noo-Body Says:

    Bonjour,
    Je ne vous ai jamais écrit.
    Mais je vous ai beaucoup lu.
    Et alors qu’après 3 mois sans ordinateur, je me reconnecte enfin à votre blog, quelle bien triste nouvelle je découvre !
    Je vous souhaite une excellente continuation. en espérant que d’autres profiteront de votre ton, drôle, malin et toujours bien troussé.

  4. Jérôme Says:

    Bon vent donc!
    Et à l’occasion, je serai donc prêt à profiter des divagations des ondes, marines et autres…
    Merci en tout cas pour tous les précédents post.

  5. Paul Says:

    Voici qu’après plusieurs semaines, je reviens sur ce blog pour prendre de tes nouvelles, et pfuitt, tu disparais !!!
    J’aimais bien te lire, alors je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite. Bon vent alors :-)

  6. Rouge-cerise Says:

    Bon, ben les semaines ont passé… Aucune bouteille porteuse d’un parchemin vermoulu n’est venue s’échouer sur le rivage… Tu ne reviendras plus ici, alors, vraiment? Dommage. Si tu découvres une île déserte qui te plait, que tu t’y installes… Tu jetteras une bouteille dans ma boite e-mail? St’oplè!

  7. sergent recruteur Says:

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